Hanif Kureishi « Quelque chose à te dire » Bourgois
Jamal Kahn est psychiatre à Londres. Il mène une existence tranquille, entouré de Henri, un metteur en scène sur le retour, libidineux et facétieux ; Miriam, sa sœur, une mère de famille célibataire et excentrique ; son fils Rafi, un pré-adolescent de la mère duquel il est séparé, et pour laquelle il a toujours des sentiments. Jusqu’à ce que le médecin de l’âme soit tourmenté par sa propre psyché, particulièrement par un secret paralysant venu de son adolescence. Dans une comédie dramatique aux dialogues énergiques, l’auteur nous parle de lui à travers l’histoire de Jamal, en butte au racisme, à la différence de classes, tiraillé entre l’amour et le désir dans un chaos souvent proche de la folie.
Elizabeth Subercaseaux « Une semaine en octobre » Flammarion
A 46 ans, Clara est atteinte d’un cancer incurable. Clemente, son époux, assiste, impuissant, au
spectacle de la douleur. Il la pousse à
écrire comme exorcisme à sa peur.
Quand, par hasard, il découvre le manuscrit, c’est un véritable séisme
au goût de vengeance : Clara y raconte cette semaine d’octobre vécue dans
l’exaltation d’un amour neuf, elle dit la disparition de la passion, la force
de l’habitude qui fige tout, l’infidélité de Clemente… A la fois fasciné et atterré, Clemente
découvre la vie intérieure de Clara, ses déceptions et ses colères, en même
temps que ses propres manquements, ses erreurs et ses faiblesses.
Merete
Pryds Helle « Oh,
Roméo » Gaïa
Jadis enfant soldat en Iran, Roméo est aujourd’hui réfugié politique au Danemark, et chauffeur de taxi de son état. Attaché à sa famille par les liens du sang plus que par ceux de l’esprit, il rêve de faire des études de médecine. Juliette est une trentenaire solitaire en léger surpoids qui termine sa thèse en médecine légale. Son frère Tybald fréquente les milieux d’extrême droite et passe vite des mots hargneux aux gestes violents. Quand le hasard fait se rencontrer Roméo et Juliette, la passion s’en mêle. Leur amour sera-t-il assez fort pour résister aux tensions familiales, sociales et politiques?
Jean-Pierre Ohl « Les maîtres de Glenmarkie « Gallimard
Mary Guthrie est née à Islay, un petit bourg d’Ecosse battu par
les vents. C’est là qu’elle a succombé
à Ebenezer Krook, prêtre de son état qui jettera son froc aux orties et
trouvera refuge dans une librairie d’Edimbourg qui ne vend que les ouvrages qui
ont plus de cinquante ans. Là, il sera
contraint d’affronter ses démons, aidé par un journaliste communiste et alcoolique,
un éditeur homosexuel proche de la faillite, un libraire érudit et
tuberculeux. Mary, quant à elle, dans
le cadre de ses études de Lettres, s’engage dans un mémoire sur Thomas Lockhart
de Glenmarkie, obscur penseur du XVIIe siècle, éclectique et baroque. Pour ce faire, elle obtient de séjourner au
manoir Lockhart où vivent quelques personnages étranges et perturbés. Ses recherches tournent à l’obsession
lorsque le maître des lieux lui montre un secrétaire inventé par un illustre
ancêtre. Il recèle un mystère qu’elle
brûle de découvrir. Sa ténacité
restera-t-elle vive face à 32 tiroirs énigmatiques et récalcitrants ? Un roman
haletant et passionnant aux multiples références littéraires dans lequel l’auteur
nous prouve que « les livres ne
dorment jamais » (page 92).
Un chef-d’œuvre…
Catherine Cusset « Un brillant avenir » Gallimard
L’auteur nous dessine le portrait d’une femme ballottée par l’Histoire : en 1943, Elena a connu l’exil de Bessarabie en Roumanie pour fuir les troupes russes ; des années plus tard, mariée à Jacob contre l’avis de ses parents, elle fuit aux Etats-Unis pour échapper à la tyrannie du communisme, pour faire de son fils un homme libre, et devient Helen. Mais le passé est un terrain miné qui tient en otage. Helen fait subir à sa belle-fille une haine idéologique qui l’a façonnée et dont elle peinera à se défaire. Sur les leçons du passé que nous nous obstinons à ne pas retenir…
Ian McEwan « Sur la plage de Chesil » Gallimard
« Voilà comment on
peut radicalement changer le cours d’une vie : en ne faisant rien. »
(page 149). Cette phrase qui apparaît à la fin du roman le résume assez bien.
McEwan nous raconte au fil des pages cet acte manqué dont sont victimes les
personnages, un lent naufrage. Dans la
prude Angleterre de 1962, Edward et florence vont vivre leur nuit de
noces. Ils s’aiment, ils sont vierges,
ils vont se découvrir. L’auteur passe
habilement de l’un à l’autre pour dévoiler leurs pensées, leurs peurs, leur
naïveté, leurs rêves, leurs pulsions et leurs répulsions. Ce subtil jeu nous montre à voir la
différence de conception de l’action amoureuse que l’on soit un homme ou une
femme, deux visions peut-être inconciliables…
Un beau roman sur la passion incomprise, le profond malentendu de
l’amour physique.
Yasmina Khadra « Ce que le jour doit à la nuit » Julliard
1930. A dix ans, Younes
voit sa famille forcée à l’exil. La
route les conduit à Oran dans un quartier sordide. Condamné à la pauvreté, Issa, son père, ravale sa fierté et confie
son fils à son frère aîné Mahi. Le
temps passant, un fossé se creuse qui éloigne
Younes - devenu Jonas- de sa
famille, pourtant il n’oubliera jamais d’où il vient, confronté, en
grandissant, à une politique de l’assujettissement et de la spoliation. Funambule en situation instable entre deux
cultures, quelle place est-il en droit de revendiquer ? Soixante années de l’histoire de l’Algérie,
chaotiques et destructrices, dans un roman empreint de nostalgie où l’amitié et
l’amour ont un rôle salvateur.
Jean-Paul
Dubois « Les accommodements
raisonnables » L’Olivier
A 52 ans, Paul Stern profite d’une proposition d’emploi à Los
Angeles pour fuir les siens, ces êtres qu’il pensait connaître le mieux et qui
pourtant lui échappent : Anna, son épouse adorée et réfugiée dans la
dépression, ses enfants envolés du nid, et surtout son père, Alexandre Stern.
Ce dernier a, toute sa vie, affiché des manières jansénistes, de beaux et
grands principes. Il balance tout aux orties
à la mort de son frère, Charles, depuis toujours haï, pour en devenir la copie
conforme : un homme athée et jouisseur dont il adopte la femme et les
biens. Paul, dont le métier consiste à
sauver les scénarii foireux, saura-t-il saisir cette occasion de repenser sa
vie, en évitant les demi-teintes et l’ambiguïté des sentiments ? Un beau roman sur l’incommunicabilité, les
liens indéfectibles et les compromis, ces « accommodements
raisonnables ».
David Lodge « La vie en sourdine » Rivages
Desmond Bates est un linguiste à la retraite, installé
dans une routine qui n’est plus qu’ennui.
Tout le temps lui est accordé pour penser. Penser à cette vie d’inactivité dont il ne veut pas, d’autant
plus que son épouse déborde d’une vitalité nouvelle et est en pleine ascension
professionnelle. Penser à cette vie
sexuelle dont il quitte peu à peu la scène, pourtant revigorée par la
séduisante, déroutante et entreprenante Alex Loom, jeune universitaire qui le
supplie de diriger son doctorat sur la stylistique des lettres de suicidés. Penser enfin au naufrage de la vieillesse
qu’il voit non seulement dans la déchéance et la dépendance de son père, mais
aussi dans la surdité galopante dont il est victime et qui l’isole. David Lodge est passé maître dans la description
des petites joies, des blessures et des bilans en demi-teinte qui sont
constitutifs de la vie.