Siri Hustvedt « Elégie pour un Américain » Actes Sud
Erik et Inga
Davidsen viennent d’enterrer leur père. Parmi les papiers que ce dernier
laisse, ils trouvent une lettre brève et énigmatique dont ils désirent percer
le mystère. Voilà qui bouleversera leurs vies déjà passablement chahutées. Erik est psychiatre, divorcé et piégé dans
une histoire qui ne le concerne en rien. Attentif aux souffrances des autres,
il peine à mettre des mots sur ses manquements. Inga, quant à elle, ne se remet pas de la mort de son mari, un
écrivain de renom, bon vivant alcoolique et libertin, qu’elle aimait corps et
âme. Leur fille, Sonia, ne trouve pas sa place dans un monde tout de violences
et de douleurs. Un style pudique et généreux
pour évoquer la mélancolie, ce sentiment prégnant, parfois destructeur, à la
fois personnel et universel.
Martin Suter « Le dernier des Weynfeldt » Bourgois
Adrian
Weynfeldt vit bien : il a hérité de la colossale fortune familiale et est un
spécialiste réputé de l’art suisse de la fin du XIXe-début Xxe siècles. Sa vie
coule, tranquille, rythmée par ses petites manies et les dîners entre amis. Il
vit seul dans le souvenir de Daphné, l’amour qu’il n’a pas su retenir. La belle
régularité s’effondre avec l’arrivée inopinée de la belle et énigmatique
Lorena. Son attention est-elle désintéressée ?
Les choses se corsent lorsqu’un ami lui demande de s’occuper de la vente
d’un tableau familial, un Vallotton…dont existe une copie ! L’hypercorrect Adrian va-t-il résister aux
diablotins qui lui murmurent de bien curieuses idées ? Martin Suter est un écrivain raffiné. Sa
plume se fait légère pour un récit alerte et sans esbrouffe dont l’épilogue se
révèle surprenant de subtilité.
Martin Amis « La Maison des rencontres » Gallimard
Avec
une sincérité nourrie de remords et de quelques traits d’humour, le narrateur
s’adresse à sa fille, Vénus, et se raconte. Il lui parle des années 50 en
Russie, un pays envers lequel il éprouve un sentiment mêlé d’amour-haine, un
pays à l’agonie. Il lui dit le goulag, « notre ferme des animaux »
(p.38), les travaux forcés, la faim, la déchéance, voire l’annihilation. Malgré
tout, la volonté de survivre. Il se
souvient de Lev, son frère cadet, qu’il a profondément haï pour avoir épousé la
femme que lui-même aimait. Un roman dur
mais sidérant de beauté. Et cette
lancinante question : le pardon a-t-il droit de vie ? « Ce n’est pas la mort qui semble tellement effrayante.
Ce qui m’effraye, c’est la vie, la mienne, et ce qu’elle va finir par
signifier»
Arno Geiger « Tout va bien » Gallimard
L’Histoire
de l’Autriche de 1938 à 2001 au travers de trois générations. Le roman commence en 2001. Philipp,
célibataire de 36 ans qui vit en dilettante, hérite de la maison de sa
grand-mère. Y faire le ménage va le mettre face à lui-même par le filtre des
vies de ceux qui l’ont précédé. L’auteur, avec brio, met progressivement en
lumière un legs familial de poids, en entrecroisant les voix : celle d’Alma, la
grand-mère, femme de l’ombre pourvue d’un époux volage; celle de sa fille,
Ingrid, qui a bravé les foudres paternels par amour de Peter, dont le passé
nazi est avéré; enfin, celle de Philipp.
Une évocation sensible et juste des ravages du temps, comme de ceux des
remords…
Kader Abdolah « La Maison de la Mosquée » Gallimard
Nous
sommes à Sénédjan, en Iran, sous le règne du Shah. La Maison de la Mosquée
abrite trois familles : celle d’Aga Djan, le chef du bazar et de la Maison, un
homme pacifiste et généreux; celle d’Alsabéri, l’imam, conservateur et peureux;
enfin celle de Muezzin, crieur et artisan potier, aveugle et très lucide. Un endroit idyllique où tout
est chaleur et miel. Peu à peu, le
conte se transforme en cauchemar : les courants religieux s’affrontent dans un
combat qui se durcit jusqu’à faire couler le sang, l’envie de modernité met à
mal la tradition…et la belle unité éclate, les mots se font trahison et les
familles sont broyées. Dans un ton
digne des contes des Mille et Une Nuits, l’auteur parle du véritable amour -
celui éprouvé pour un pays ou pour un père, un frère, un amant- et stigmatise
les extrémismes et les parjures.
Charles Frazier « Treize lunes » L’Olivier
Au
soir de sa vie, Will Cooper est assailli par ses souvenirs, ceux d’une vie
riche et trépidante. Vendu à l’âge de
12 ans par son oncle, il échoue dans un comptoir marchand à la limite du
territoire cherokee. Là, il fait la connaissance de ses deux mentors : Bear, un
chef indien paternel et lucide sur la condition indienne ; Featherstone, un
parvenu voleur et cultivé. Un destin hors du commun et une forte personnalité
le façonnent avocat défenseur de la cause cherokee, colonel dans l’armée
confédérée, enfin Sénateur. Et toujours, de plus en plus intense, son amour
pour Claire. Un siècle de l’Histoire
américaine dans un récit épique dont l’essence même est que « seul le
désir sait se jouer du temps » (p.13).
Nick Hornby
« Slam » Plon
Sam,
15 ans, est fou de skate. Au point de confier ses joies et ses coups de gueule
au poster de Tony Hawk, son héros. Et Tony lui répond ! Sam, s’il s’entend bien avec sa mère,
supporte de plus en plus mal le fait qu’elle n’ait que 31 ans. Sam a beaucoup de mal avec les filles.
Jusqu’à sa rencontre avec Alicia. Et malgré les mises en garde, Sam va se ramasser
un slam, entendez une belle gamelle !
Avec humour et tendresse, Nick Hornby nous conte ce qu’il peut advenir
lorsque l’on se retrouve piégé dans une situation qui nous dépasse. Un roman
destiné autant aux ados qu’aux parents d’ados…et aux autres.
Marcus Malte « Garden of love » Zulma
Alexandre
Astrid, la cinquantaine, est un alcoolique repenti qui s’est planté en beauté.
Son addiction l’a écarté de son job,
lui a fait perdre la santé, surtout l’a irrémédiablement éloigné de sa femme et
ses deux fils. Il n’a donc plus rien à perdre. Lorsqu’il reçoit dans une
enveloppe anonyme le manuscrit de sa vie, il se lance à la poursuite de
l’ « enfoiré » qu’il traque depuis quelques années : Edouard
Weiss. Et au bout du chemin, peut-être,
la rédemption ? Le récit, construit en
puzzle, est intelligent et tient en haleine.