Michèle
Reiser « Dans le creux de ta
main » Albin Michel
Tout, dans ce court roman, est vu par les yeux de
Marie. Marie est une femme moderne, au
caractère affirmé, spécialiste de Kant, qui vient d’être nommée, à sa grande
surprise, à la tête de l’Institut des sciences philosophiques, morales et
politiques. Son quant-à-soi vacille lorsque réapparaît dans sa vie Baptiste
Rapallo, célèbre musicien. Ils se
connaissent depuis toujours, partagent la même ambition et les mêmes
blessures. Ils auraient pu s’aimer
jeunes, mais ils n’ont fait que se croiser. Et là le destin les réunit… De SMS en frôlements, de brefs messages en
longues étreintes, l’histoire se dessine.
Le roman de la passion à l’état pur.
Philippe
Djian « Doggy Bag saison 6 » Julliard
Voici l’ultime opus d’une série qui, au départ, se voulait
une trilogie. Je remercie Philippe
Djian d’avoir continué ! Mais j’avoue
être triste d’abandonner ses personnages qui me sont devenus proches. Djian a
réussi avec brio à créer en mots cette attente typique des séries américaines,
ce piétinement à l’approche du xième épisode.
Et ses héros - ou plutôt anti-héros-
sont extrêmes et déjantés, et n’en restent que plus attachants. Je vous recommande chaudement la saga
Sollens, un défilé d’amants, de maîtresses, d’amours improbables, de meurtres,
de catastrophes naturelles, presque l’Apocalypse. Un tableau aigre-doux, à la fois drôle et cruel, de notre
société. Une description juste des relations humaines et du kaléidoscope de
sentiments qui nous animent.
Mary Gaitskill « Veronica » L’Olivier
A près de 50 ans, Alison ressent le besoin de faire le
bilan de sa vie. Elle dit son enfance douce et chaude, lovée dans les histoires
que lui racontait sa mère ; ses fugues à l’adolescence et les dialogues de
sourds avec ses parents ; les petits boulots et la défonce à 16 ans ; la vie
sexuelle intense et insouciante; son métier de mannequin et le dur
réveil ; l’amour et la trahison ; l’amitié avec Véronica, grande gueule
victime du sida ; l’abandon de celle qui l’a façonnée humaine ; la maladie et
la chute… L’âge et la souffrance l’ont
faite moins belle, l’ont dévastée. La
rédemption n’est-elle qu’un mirage?
Gail
Jones « Pardon » Mercure de France
Nicholas Keene, jeune anthropologue ambitieux, épouse
Stella Grant, effacée et fan de Shakespeare, dans la lecture duquel elle trouve
la sophistication et l’extravagance qui manquent à sa vie. Pour donner du souffle à un mariage qui se
révèle catastrophique, Nicholas emmène Stella en Australie, là où il est
certain de devenir un héros en étudiant le peuple aborigène. Seulement le malaise conjugal demeure. Et la
naissance de Perdita n’engendre que tensions, frustrations et folie… jusqu’à la
mort suspecte du père. Mêlant
subtilement les temporalités et les voix, l’auteur dresse le portrait de
personnages attachés à des rêves à jamais perdus, et conte l’histoire d’un
peuple malmené par l’Histoire.
Margaret
Drabble « La mer toujours
recommencée Phébus
Aïlsa Kelman est une journaliste de renom, toujours belle
et plantureuse à 60 ans, ambitieuse et féministe. Humphrey Clark est un
biologiste marin à la réputation internationale. Il est mesuré, pince-sans-rire et discret. Jadis, Aïlsa et Humphrey ont été mari et
femme. Ils se sont aimés avec frénésie et admirés comme des divinités. Et puis,
ils se sont séparés et haïs… Vingt ans
plus tard, ils sont invités à l’Université d’Ornemouth où Aïlsa va recevoir un
doctorat honoris causa. Le voyage -
qu’ils font séparément- est l’occasion de replonger dans les souvenirs, les
bons comme les mauvais, d’attiser la flamme qui, jamais, ne s’est éteinte… Une belle ode à la passion et au temps qui
passe sans la ternir.
Wendy Guerra
« Tout le monde s’en va »
Stock
L’auteur emploie la forme du journal intime pour nous
raconter la vie de Nieve à Cuba.
L’enfance, d’abord libre et chaleureuse, auprès d’une mère un peu bohème
qui reviendra dévastée d’un reportage de six mois en Angola. Ensuite sombre
quand elle se voit confiée contre son gré à son père, fidèle au Parti
communiste, alcoolique et tyrannique, quand il consent à la voir. La fuite et l’enfermement dans un centre de
détention infantile. Ses études d’art
et l’impossibilité d’aimer. Et en
grandissant, la révolte accompagnée de la volonté de trouver un endroit qui lui
ressemble, autant de coups de gueule, de cris déchirants, de rêves pourtant
encore qu’elle confie à son journal, son garde-fou. Le passage douloureux de la
naïveté à la lucidité amoureuse et la conscience politique, qui entre en
résonance avec l’histoire de l’île et son régime tout de violences.