Laurent
Gaudé « La Porte des
Enfers » Actes Sud
Juin 1980. Matteo conduit son fils Pippo à
l’école. Matteo est contrarié : il est taximan et a des clients à
satisfaire. Les embouteillages et les
geignements de son fils ne font qu’ajouter à sa mauvaise humeur. Et puis le
temps s’arrête. Pippo est la victime innocente d’une fusillade. Matteo n’a rien
vu venir. Le chaos passé, il doit affronter la douleur. La sienne et celle de
Giuliana, son épouse, qui réclame vengeance. Pour elle, il retrouve l ‘assassin
mais n’arrive pas à tirer. Leur couple ne survit pas, elle le maudit. Seul,
errant et désincarné, Matteo rencontre, par hasard, le
« Professore », un historien qui a dressé la Carte des Enfers. Et
l’espoir renaît… « Le » style
Gaudé, concis et acéré, pour un conte humaniste sur le sens de la vie et la
profondeur que l’on consent à lui accorder.
José
Carlos Somoza « Daphné
disparue » Actes Sud
Juan Cabo, un écrivain de renom, a perdu la mémoire
lors d’un accident de voiture la nuit du 13 avril 1999. C’était le soir de son
anniversaire, qu’il fêtait seul à
« La Floresta Invisible », un restaurant sélect qui accueille les plumitifs et les écrivains confirmés.
Son seul souvenir ? Le dos nu d’une
jeune femme aux cheveux relevés en chignon dont il est tombé amoureux. La
retrouver devient son unique obsession.
Le chemin pour y parvenir sera labyrinthique, jalonné de mystères et de
rencontres suspectes, jusqu’à la rencontre avec soi-même. Et une fin inattendue
! Le roman est captivant, les
descriptions originales et la progression inédite qui interroge le roman
s’écrivant. Somoza est un génie d’avoir su mêler l’écriture du mystère au
mystère de l’écriture.
A.M.Homes « Ce livre va vous sauver la
vie » Actes Sud
Richard Novak est milliardaire et vit reclus à
Los Angeles dans une immense propriété aseptisée, prisonnier d’un carcan de
règles qu’il a lui-même édictées. Il est prétentieux et égocentrique à
l’extrême, le cliché vivant du type revenu de tout et qui ne s’aime pas. Deux
évènements impromptus viennent ébranler cette belle construction : Richard
constate, dans sa pelouse, la présence d’un renfoncement qui va en grandissant;
il est soudainement pris d’une forte douleur qui envahit son corps et dont les
médecins peinent à trouver la cause. Puisqu’il a fait le vide autour de lui,
Richard doit affronter seul ces coups du sort, qui se révèleront de véritables
catalyseurs. Et miracle : Richard, peu à peu, se redécouvre humain. Des amitiés
opportunes vont l’y aider. En apprenant à vivre avec lui-même, il va renouer
avec ses parents, son ex-femme qu’il aime toujours, surtout son fils Ben, qui a
bien besoin d’un père. Passez outre les
clichés qui sont foule au début du roman, vous découvrirez l’histoire d’une
renaissance de laquelle nous n’éprouvons aucun mal à nous sentir proches.
Dubravka
Ugresic « Le Ministère de la
douleur » Albin Michel
Tania et Goran ont fui Zagreb et la guerre,
abandonnant leurs familles, leurs biens, leur vie. A Berlin, ils tentent de
reconstruire un semblant de vie, pâle ersatz de l’avant. Jusqu’à ce que Goran parte à Tokyo pour
échapper aux compromissions, il ne veut pas d’une vie à genoux. Tania, elle,
refuse de s’éloigner plus de ses parents, et accepte un poste d’enseignante à
Amsterdam. Sans attache et déboussolée,
elle aura en charge un groupe d’étudiants serbes et croates qui ont tout perdu,
excepté le souvenir de la destruction et de l’humiliation. Oubliant le cours à dispenser, espérant
exorciser les fantômes, atténuer la douleur qui est aussi la sienne, elle les
écoute. La tâche n’est pas aisée et
elle risque de s’y perdre… Revenir à
soi est-il possible ? Un roman sur le
déracinement, la perte d’identité et la souffrance qu’elle induit. Des
tensions insoutenables, de la dureté, tempérées par une volonté de survivre qui
engendre de pures amitiés.