Troy Blacklaws
« Oranges sanguines »
Flammarion
Nous sommes à la fin des années 60 en Afrique
du Sud. Gecko vit avec son frère Zane une
enfance heureuse dans une ferme tenue par son père qu’il considère comme un
héros. Tout n’est qu’insouciance entre Beauté, la nounou zoulou, Lucky Strike,
le cuisinier philosophe, Jonas, le vieux boy jardinier, Dingaan et Dingo, les
chiens un peu fêlés. Ses rêves d’aventures et de découvertes font rapidement
place à l’âpre réalité de la ségrégation. Le déménagement au Cap sonne le glas
de l’enfance. Gecko prend conscience de ce qu’est l’apartheid, est confronté
aux rites de passage et commence à être tenaillé par le désir de la chair. L’auteur accroche immédiatement le lecteur
avec un style fluide et l’histoire d’un adolescent qui découvre la politique et
ses abus, en même temps que s’éveille son corps adulte.
Michel Le Bris « La beauté du monde » Grasset
L’auteur nous conte la passionnante histoire de
Martin et Osa Johnson, « les amants de l’aventure ». Ils se
rencontrent à Chanute, petite ville du Kansas où est née Osa. Elle a seize ans,
lui dix de plus. Elle descend d’une lignée de pionnières, il a connu Jack
London. Après quelques années de galères, ils partent pour les mers du Sud. A
leur retour à New-York en 1920, c’est la consécration. Intrépides, ils
s’acharnent à donner vie à leurs rêves, jamais ils ne se contenteront du peu.
Et dans une époque aussi tourmentée qu’innovante, ils seront les inventeurs du
cinéma animalier. Ils entrent dans le sélect « Club des
Explorateurs » et se battent pour attirer les mécènes. Leur passion se conjugue à un amour fou :
jamais lui sans elle ni elle sans lui. Osa a épousé les rêves de Martin et,
lorsqu’il meurt accidentellement, il emporte sa vie avec lui… Un roman impossible à lâcher, de la lecture
duquel je reste éblouie : la beauté du monde sauvage, les grandes
réussites, la starification, les misérables échecs, la recherche d’un absolu.
Un style charnu et captivant. Splendide
!
p.147
« Il est en chacun de nous bien des mondes inconnus - et c’est
l’inconnu du monde qui nous entoure, nous enveloppe, nous traverse, qui
parfois, agissant comme révélateur, nous fait
approcher l’étranger que nous sommes à nous-même. »
Elie Wiesel « Le cas Sonderberg » Grasset
Des études de théâtre ont permis à Yedidyah de
rencontrer l’amour de sa vie, Alika, et de devenir chroniqueur de théâtre dans un
prestigieux journal - il n’était pas assez doué pour la scène ! Lorsque s’ouvre le procès Sonderberg, Paul,
son patron et ami, lui demande de le couvrir. Un procès ne s’apparente-t-il pas
à un jeu de rôles? Yedidyah s’y révèle très bon mais il peine à conserver son
objectivité face à l’accusé, Werner Sonderberg, qui se déclare coupable ET non
coupable, face à une histoire qui a des échos dans sa propre vie. Pourquoi a-t-on retrouvé le corps sans vie
de Hans Dunkelman au pied d’une falaise des Adirondacks ? Que s’est-il donc
passé entre Werner et son oncle ?
La vérité sera un véritable coup de foudre. Une façon remarquable d’aborder l’une des tragédies du vingtième
siècle, un poids dans l’Histoire universelle.
p.11
« Où commence la culpabilité d’un homme et où s’achève-t-elle?
Qu’est-ce qui est définitif,
irrévocable? »
Antoine Sénanque « L’ami de jeunesse » Grasset
Antoine Saint-Bernard est psychiatre. Il vit
depuis 25 ans un amour sans passion avec une femme devenue obsessionnelle. Il a
deux garçons de dix ans, des jumeaux qu’il s’entête à confondre. A 48 ans, Antoine fait preuve de peu de
caractère et n’a plus d’ambition. Il est à la dérive et sa vie laisse
cruellement à désirer. Jusqu’à ce qu’il
décide, un matin, de reprendre le gouvernail et de mettre fin à la nausée
permanente qu’il ressent depuis plusieurs mois. Dorénavant, il va s’écouter !
Et pourquoi ne pas reprendre des études ? Son rêve était de devenir professeur
d’Histoire. Qu’à cela ne tienne ! Dans la croisade, Antoine embarque Félix, son
meilleur ami, restaurateur de son état, drôle et charmeur, son faire-valoir
depuis toujours. L’amitié résistera-t-elle au séisme déclenché ? Antoine
appréciera-t-il l’homme qu’il force à naître, ce lui-même mis à nu ?
Olivia
Elkaim « Les Graffitis de
Chambord » Grasset
Le roman mêle trois temporalités, subtils
entrelacs autour d’une famille, les Rosenwicz, et d’un même thème, celui des
racines. Tout commence - ou finit ? - avec Trevor, un banquier d’affaires de 46
ans. Il vit seul, n’a pas d’attaches - les femmes sont juste un agréable
divertissement - et fuit les gens. Sa vie n’est que vide absolu, bâtie sur
d’informelles manies. De temps à autre des crises de larmes l’ébranlent. Il en
ignore la cause. Peut-être le temps est-il venu d’affronter son chagrin et ce
manque profondément enfoui en lui ? Et, pour ce faire, replonger dans
l’histoire familiale, celle d’Isaac son grand-père, écrivain et libraire, un
résistant; celle de Simon, son père, enferré dans de douloureux souvenirs qui
l’ont coupé de son fils. Affronter ce passé qui le constitue pour donner une
chance à l’avenir…
Karine
Tuil « La Domination » Grasset
Une jeune écrivaine est contactée par un
éditeur à la réputation sulfureuse, considéré comme « le mandarin des
lettres », afin qu’elle écrive l’histoire de son père. Mis à pied, il veut
ce livre qu’il considère comme son dernier grand enjeu. Elle rechigne à parler
de son père, cet intellectuel juif éveilleur de consciences, un homme
charismatique, séducteur impénitent dont elle ne connaît pas toutes les parts
d’ombre. Il veut l’ironie, l’ambiguïté, le désir, la trahison; elle craint le
regard des siens et ses propres sentiments. Entre eux va se jouer une partie
serrée où la séduction et la manipulation seront reines. D’abandons en
retenues, d’attirances en pulsions érotiques, la vérité se dévoile…sans doute
pas celle à laquelle la narratrice s’attend.
Un beau roman sur la sujétion et la violence qui peut en découler. Une
manière originale d’aborder la question de l’identité.
Elif Shafak « Bonbon Palace » Phébus
Le roman commence comme un conte arabe en
mêlant subtilement les époques clés qui conduisent à la construction de Bonbon
Palace, bel immeuble composite sis à Istanbul. C’est le cadeau qu’un Russe blanc
fait à son épouse en 1966, preuve tangible de son amour. Il finit par abriter
une foule hétéroclite et bigarrée : Djemal et Djelal, des jumeaux qui se sont
retrouvés après vingt ans de séparation, coiffeurs un peu pipelettes qui n’ont
pas encore réglé leurs problèmes personnels ; Mme Teyze, une dame âgée rigide
et respectée, étrange collectionneuse ; Tijen, une demi-folle obsédée par
l’hygiène; la très belle « Maîtresse bleue », dépendante et
malheureuse; le narrateur himself, un enseignant devenu alcoolique depuis son
mariage, aujourd’hui de l’histoire ancienne ; « Sac à ordures »,
matou obèse et loubard dont tous se méfient… Un asile de dingues ? Plutôt un concentré de la nature humaine. Autant de personnages typés et attachants,
d’êtres empêtrés dans leurs contradictions, leurs superstitions, leurs folies
et leurs blessures. Dans ce joyeux melting-pot, d’heureuses rencontres vont
donner vie à une humanité à laquelle on ne croyait plus.
Isabelle Jarry « La traversée du désert » Stock
Ariane a 26 ans lorsqu’elle rencontre Gabriel
Barthomieux, un botaniste réputé, vachard et prétentieux, à l’humour
potache. Elle a terminé des études de
biologie végétale et botanique mais n’a aucune envie de devenir chercheuse.
Elle veut faire de son métier un art.
Elle sera photographe. Gabriel va l’y aider. Il l’emmène en expédition
dans le désert et lui suggère d’écrire un roman à partir de l’histoire
d’Alexander Laing, jeune militaire écossais qui, en 1825, s’est mis en tête de
découvrir Tombouctou, et n’en est
jamais revenu. Avec, en prime, une
histoire d’amour tragique : Gabriel est ému par Emma, épousée par Alexander
deux mois après leur rencontre, une union jamais consommée - il est parti à
l’aventure le soir même de ses épousailles. Pourquoi Gabriel n’a-t-il pas écrit
le livre lui-même ? Il a, en effet, réuni une documentation considérable. Et
pourquoi Ariane peine-t-elle tant à trouver le chemin qui mène de l’Histoire à
l’histoire ? Une ode à l’aventure et à
la passion dévorante.
Sasa Stanisic « Le soldat et le gramophone » Stock
Aleksandar est né à Visegrad, dans ce qui est
encore la Yougoslavie. C’est là qu’il vit le premier grand drame de sa vie : la
mort de son grand-père Slavko, celui qui l’a sacré « le plus puissant
magicien du possible et de l’impossible des Etats non-alignés ». Mais il
ne peut ressusciter son grand-père, et son pouvoir n’a aucun poids face à la
guerre et l’inévitable exil. En Allemagne, il se découvre étranger. Loin de ses
racines, il doit se reconstruire. En grandissant, il tente de mettre des mots
sur le manque qui le dévore. Et le regard du petit garçon qu’il était, un
regard fait d’imagination, d’humour, détaché de préoccupations patriotiques,
juste attaché au malheur des siens, se transforme à l’âge adulte dans l’évocation
de son enfance et les souvenirs d’un pays qui n’existe plus. Un roman à la fois drôle et bouleversant,
dont on ne peut oublier les personnages truculents, ni ces évènements
destructeurs qui nous ont sans doute laissés trop indifférents.